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 Antigone de Jean Anouilh

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مُساهمةموضوع: Antigone de Jean Anouilh   الجمعة ديسمبر 25, 2009 2:43 pm

Antigone de Jean Anouilh



Fiche signalétique d'Antigone :


Le texte de référence est celui publié par les Éditions de la Table Ronde, en 1999.
La pièce est composée sous sa forme quasi-définitive en 1942, et reçoit à
ce moment l'aval de la censure hitlérienne. Elle n'est jouée la première fois que deux ans
après, le 4 février 1944, au théâtre de l'Atelier à Paris, sans doute à
cause de difficultés financières. Après une interruption des représentations en août
1944, due aux combats pour la libération de Paris, elles reprennent normalement.
Antigone sera ensuite à nouveau représenté à Paris en 1947, 1949 et 1950
mais aussi dès mai 1944 à Bruxelles, en 1945 à Rome, et en 1949 à Londres.

Le contexte historique :


Antigone est une pièce des années noires, lorsque la France connaît la défaite
face aux armées nazies et elle tombe sous l'Occupation. Nous étudierons d'une part l'Occupation :
la situation générale et ensuite la radicalisation du régime de Vichy et d'autre part les
origines historiques de la pièce.
En 1942, Jean Anouilh réside à Paris, qui est occupée par les Allemands depuis la débâcle
de 1940 et l'Armistice. La République a été abolie et remplacée par l'État français,
sous la direction du maréchal Pétain. La France est alors découpée en plusieurs régions
: une zone libre au Sud, sous l'administration du régime de Vichy, une zone occupée au Nord, sous
la coupe des Allemands, une zone d'administration allemande directe pour les départements du Nord et du
Pas-de-Calais, rattachés à la Belgique, une zone annexée au Reich : l'Alsace-Lorraine et enfin,
une zone d'occupation italienne dans le Sud-Est (Savoie).
Refusant l'Armistice et le gouvernement de Vichy, le général Charles de Gaulle lance un appel
aux Français le 18 juin 1940 depuis Londres et il regroupe ainsi autour de lui les Forces françaises
libres (F.F.L.). C'est le début de la Résistance. Le 23 septembre 1941, un "Comité national
français" a été constitué, c'est une première étape vers un gouvernement
en exil. En métropole, la Résistance s'organise, tout d'abord de façon indépendante
et sporadique (qui se produit occasionnellement), puis en se rapprochant de de Gaulle sous la forme de réseaux,
comme Combat. En 1942, le mouvement a déjà pris une certaine ampleur qui se manifeste par
des actes de sabotage et des attentats contre des Allemands et des collaborateurs ; l'armée d'occupation
réplique par des représailles massives et sanglantes.
L'année 1942, marque un tournant décisif dans cette période. Les rapports de force se sont
modifiés, car les États-Unis viennent de déclarer la guerre à l'Allemagne. En France,
le 19 avril 1942, Pierre Laval revient au pouvoir après une éclipse d'un an et demi et accentue la
collaboration avec Hitler. Dans un discours radiodiffusé le 22 juin 1942, il déclare fermement :
"Je souhaite la victoire de l'Allemagne" et il crée le Service du travail obligatoire (S.T.O.)
pour l'aider en envoyant des ouvriers dans leurs usines de guerre. La rafle du Vél. d'Hiv. le 16 juillet
1942 envoie des milliers de juifs, via Drancy, dans les camps de concentration de d'extermination.
Ce n'est qu'en 1944 que nazis et collaborateurs subissent de véritables revers. Le Comité national
de la Résistance (C.N.R.), institué le 15 mai 1943, fédère les différentes branches
de la lutte antinazie et prépare l'après-guerre. Le 6 juin 1944, le débarquement des Alliés
en Normandie déclenche l'insurrection des maquis en France et organise la reconquête du territoire
français. Paris se soulève avant le moment prévu et se libère seul fin août 1944.
Avant même que la guerre ne soit terminée, l'épuration se met en place : de nombreux sympathisants
du régime de Vichy sont jetés en prison et condamnés, certains sont exécutés,
parfois sans procès ; les milieux culturels (journalistes, écrivains et acteurs) ne sont pas épargnés.
C'est dans ce climat troublé que de Gaulle regagne la France et en assure dans un premier temps le gouvernement.


C'est à un acte de résistance qu'Anouilh doit l'idée de travailler sur le personnage d'Antigone.
En août 1942, un jeune résistant, Paul Collette, tire sur un groupe de dirigeants collaborationnistes
au cours d'un meeting de la Légion des volontaires français (L.V.F.) à Versailles, il blesse
Pierre Laval et Marcel Déat. Le jeune homme n'appartient à aucun réseau de résistance,
à aucun mouvement politique ; son geste est isolé, son efficacité douteuse. La gratuité
de son action, son caractère à la fois héroïque et vain frappent Anouilh, pour qui un
tel geste possède en lui l'essence même du tragique. Nourri de culture classique, il songe alors à
une pièce de Sophocle, qui pour un esprit moderne évoque la résistance d'un individu face
à l'État. Il la traduit, la retravaille et en donne une version toute personnelle.

La nouvelle Antigone est donc issue d'une union anachronique, celle d'un texte vieux de 2400 ans et d'un
événement contemporain.

Présentation de la pièce :


Il faut garder en mémoire que dans la pièce de Sophocle le personnage tragique n'est pas Antigone,
mais Créon. Comme Œdipe, son neveu, dont il prend la suite, Créon s'est cru un roi heureux. En cela,
il fait preuve de "démesure" (ubris, en grec), pour cela il doit être puni. Antigone est
l'instrument des dieux, Hémon le moyen, Créon la victime. Lui seul est puni en fin de compte. La
mort d'Antigone n'est en rien une punition, puisqu'elle n'a commis aucune faute, au regard de la loi divine - au
contraire. La tragédie est celle d'un homme qui avait cru à son bonheur et que les dieux ramènent
aux réalités terrestres.
Représentée dans un Paris encore occupé, Antigone à sa création a
suscité des réactions passionnées et contrastées. Le journal collaborationniste Je
suis partout porte la pièce aux nues : Créon est le représentant d'une politique qui ne
se soucie guère de morale, Antigone est une anarchiste (une "terroriste", pour reprendre la terminologie
de l'époque) que ses valeurs erronées conduisent à un sacrifice inutile, semant le désordre
autour d'elle. Des tracts clandestins, issus des milieux résistants, menacèrent l'auteur. Mais simultanément,
on a entendu dans les différences irréconciliables entre Antigone et Créon le dialogue impossible
de la Résistance et de la collaboration, celle-là parlant morale, et celui-ci d'intérêts.
L'obsession du sacrifice, l'exigence de pureté de l'héroïne triomphèrent auprès
du public le plus jeune, qui aima la pièce jusqu'à l'enthousiasme. Les costumes qui donnaient aux
gardes des imperméables de cuir qui ressemblaient fort à ceux de la Gestapo aidèrent à
la confusion. Pourtant, même sur ces exécutants brutaux Anouilh ne porte pas de jugement : "Ce
ne sont pas de mauvais bougres, ils ont des femmes, des enfants, et des petits ennuis comme tout le monde, mais
ils vous empoigneront les accusés le plus tranquillement du monde tout à l'heure. Ils sentent l'ail,
le cuir et le vin rouge et ils sont dépourvus de toute imagination. Ce sont les auxiliaires toujours innocents
et toujours satisfaits d'eux-mêmes de la justice.". Et ne pas juger ces "auxiliaires de la justice",
les excuser même, un an après la rafle du Vel'd'Hiv peut paraître un manque complet de sensibilité
- ou la preuve d'une hauteur de vue qui en tout cas démarque la pièce de l'actualité immédiate.
Même si les positions politiques ultérieures d'Anouilh, et tout son théâtre, plein
de personnages cyniques et désabusés, le situent dans un conservatisme ironique, on peut postuler
qu'Antigone est en fait une réflexion sur les abominations nées de l'absence de concessions,
que ce soit au nom de la Loi (Créon) ou au nom du devoir intérieur (Antigone). C'est le drame de
l'impossible voie moyenne entre deux exigences aussi défendables et aussi mortelles, dans leur obstination,
l'une que l'autre.

Structure de la pièce :


Anouilh a repris le cadre général de la pièce de Sophocle. Le rideau s'ouvre au petit matin
sur la ville de Thèbes, juste après la proclamation du décret de Créon, au sujet duquel
Antigone s'oppose à sa sœur Ismène. Créon apprend d'un garde que le corps de Polynice a reçu
les hommages funèbres, puis voit Antigone amenée devant lui et la condamne à mort. Hémon
vient supplier son père, sans succès et s'enfuit. Antigone fait une dernière apparition, puis
marche vers la mort. Un messager apporte sur scène la nouvelle du suicide d'Hémon, puis de la reine.
Le rideau tombe sur Créon, qui reste seul sur une scène dévastée.
Le texte d'Anouilh se présente comme une suite ininterrompue de répliques, sans aucune des divisions
formelles qui font la tradition du théâtre français. Sans acte, sans scène, Antigone
se veut dans sa présentation le récit continu d'une journée où se joue le destin de
l'héroïne.
Anouilh ne se propose toutefois pas de révolutionner l'écriture théâtrale, et l'absence
de divisions n'est qu'affaire de forme. La pièce se déroule de façon classique, rhytmée
par les entrées et les sorties des personnages, qui permettent de restituer l'architecture traditionnelle
des scènes et de proposer la numérotation suivante :
Les personnages de la pièce




<BLOCKQUOTE>
Les relations entre personnages sont en partie imposées par le modèle de Sophocle et la mythologie.
Les liens de parenté ne sont aucunement modifiés, et l'on retrouve le traditionnel tableau de famille
des Labdacides.
Antigone
:



Personnage central de la pièce dont elle porte le nom, Antigone est opposée dès les premières
minutes à sa sœur Ismène, dont elle représente le négatif. "la petite maigre",
"la maigre jeune fille moiraude et renfermée" (p. 9), elle est l'antithèse de la jeune
héroïne, l'ingénue, dont "la blonde, la belle, l'heureuse Ismène" est au contraire
l'archétype.
Comme Eurydice, comme Jeanne d'Arc dans L'Alouette, elle a un physique garçonnier, sans apprêts
: elle aime le gris : "C'était beau. Tout était gris", "monde sans couleurs",
"La Nourrice (...) Combien de fois je me suis dit : "Mon Dieu, cette petite, elle n'est pas assez coquette
! Toujours avec la même robe et mal peignée", Antigone le dit elle même : "je suis
noire et maigre".
Opiniâtre, secrète, elle n'a aucun des charmes dont sa sœur dispose à foison : elle est
"hypocrite", a un "sale caractère", c'est "la sale bête, l'entêtée,
la mauvaise". Malgré cela, c'est elle qui séduit Hémon : elle n'est pas dénuée
de sensualité, comme le prouve sa scène face à son fiancé, ni de sensibilité,
dont elle fait preuve dans son dialogue avec la Nourrice.
Face à Ismène, Antigone se distingue au physique comme au moral, et peut exercer une véritable
fascination : Ismène lui dit : "Pas belle comme nous, mais autrement. Tu sais bien que c'est sur toi
que se retournent les petits voyous dans la rue ; que c'est toi que les petites filles regardent passer, soudain
muettes sans pouvoir te quitter des yeux jusqu'à ce que tu aies tourné le coin." (pages 29-30)
Comme le basilic des légendes, dont le regard est mortel, Antigone pétrifie et stupéfait,
car elle est autre. Son caractère reçoit cette même marque d'étrangeté qui a
séduit Hémon et qui manque à Ismène, ce que Créon appelle son orgueil. Quelque
chose en elle la pousse à aller toujours plus loin que les autres, à ne pas se contenter de ce qu'elle
a sous la main : "Qu'est-ce que vous voulez que cela me fasse, à moi, votre politique, votre nécessité,
vos pauvres histoires ? Moi, je peux encore dire "non" encore à tout ce que je n'aime pas et je
suis seule juge." (p. 78)
Cette volonté farouche n'est pas tout à fait du courage, comme le dit Antigone elle-même
(p. 28) ; elle est une force d'un autre ordre qui échappe à la compréhension des autres.

Ismène
:



Elle "bavarde et rit", "la blonde, la belle" Ismène, elle possède le "goût
de la danse et des jeux [...] du bonheur et de la réussite, sa sensualité aussi", elle est "bien
plus belle qu'Antigone", est "éblouissante", avec "ses bouclettes et ses rubans",
"Ismène est rose et dorée comme un fruit".
"sa sœur" possède une qualité indomptable qui lui manque : elle n'a pas cette force
surhumaine. Même son pathétique sursaut à la fin de la pièce n'est pas à la hauteur
de la tension qu'exerce Antigone sur elle-même : "Antigone, pardon ! Antigone, tu vois, je viens, j'ai
du courage. J'irai maintenant avec toi. [...] Si vous la faites mourir, il faudra me faire mourir avec elle ! [...]
Je ne peux pas vivre si tu meurs, je ne veux pas rester sans toi !" (pages 97-98).
C'est sa faiblesse même, et non sa volonté, qui la pousse à s'offrir à la mort. Antigone
le voit bien, et la rudoie avec mépris : "Ah ! non. Pas maintenant. Pas toi ! C'est moi, c'est moi
seule. Tu ne te figures pas que tu vas venir mourir avec moi maintenant. Ce serait trop facile ! [...] Tu
as choisi la vie et moi la mort. Laisse-moi maintenant avec tes jérémiades." (page 98)
Les deux rôles féminins de la pièce sont diamétralement opposés. Ismène
est une jolie poupée que les événements dépassent. Antigone au contraire est caractéristique
des premières héroïnes d'Anouilh : elle est une garçonne qui dirige, mène et vit
son rôle jusqu'au bout.

Créon :



"son oncle, qui est le roi", "il a des rides, il est fatigué", "Avant, du temps
d'Œdipe, quand il n'était que le premier personnage de la cour, il aimait la musique, les belles reliures,
les longues flâneries chez les petits antiquaires de Thèbes".
C'est un souverain de raccroc, tout le contraire d'un ambitieux. Besogneux et consciencieux, il se soumet à
sa tâche comme à un travail journalier, et n'est pas si différent des gardes qu'il commande.
"Thèbes a droit maintenant à un prince sans histoire. Moi, je m'appelle seulement Créon,
Dieu merci. J'ai mes deux pieds sur terre, mes deux mains enfoncées dans mes poches, et, puisque je suis
roi, j'ai résolu, avec moins d'ambition que ton père, de m'employer tout simplement à rendre
l'ordre de ce monde un peu moins absurde, si c'est possible." (pages 68 et 69)
Au nom du bon sens et de la simplicité, Créon se voit comme un tâcheron, un "ouvrier"
du pouvoir (page 11). Il revendique le manque d'originalité et d'audace de sa vision, et plaide avec confiance
pour la régularité et la banalité de l'existence. Sa tâche n'est pas facile, mais il
en porte le fardeau avec résignation.
Personnage vieilli, usé, il se distingue par sa volonté d'accommodement ; mais il avoue aussi
avoir entretenu d'autres idéaux : "J'écoutais du fond du temps un petit Créon maigre
et pâle comme toi et qui ne pensait qu'à tout donner lui aussi..." (page 91). Créon se
considère lui-même comme une Antigone qui n'aurait pas rencontré son destin, une Antigone qui
aurait survécu.

Les gardes :



Ce sont " trois hommes rougeauds qui jouent aux cartes", "ce ne sont pas de mauvais bougres",
"ils sentent l'ail, le cuir et le vin rouge et ils sont dépourvus de toute imagination". Ces gardes
représentent une version brutale et vulgaire de Créon. Leur langage sans raffinement, leur petitesse
de vue en font des personnages peu sympathiques, dont les rares bons mouvements ne suffisent pas à cacher
la peur de la hiérarchie ("Pas d'histoires !" revient souvent dans leur bouche). Sans être
totalement réduits à l'état de machines, ils sont essentiellement un instrument du pouvoir
de Créon, et rien de plus : "Le Garde : S'il fallait écouter les gens, s'il fallait essayer
de comprendre, on serait propres." (p. 55)
Leur soumission à Créon n'est pas établie sur la base d'une fidélité personnelle.
Ils sont des auxiliaires de la justice, respectueux du pouvoir en place, et ce quel que soit celui qui occupe le
pouvoir. Le Prologue indique bien que rien ne leur interdirait de se retourner contre Créon, si celui-ci
était déchu : "Pour le moment, jusqu'à ce qu'un nouveau chef de Thèbes dûment
mandaté leur ordonne de l'arrêter à son tour, ce sont les auxiliaires de la justice de Créon."
(p. 12)
Sans états d'âme, ils passent au travers de la tragédie sans rien comprendre, et le rideau
tombe sur eux, comme il tombe dans Médée sur un garde et la Nourrice, après le suicide
de Médée et le meurtre de ses enfants :

<BLOCKQUOTE>
"Le Garde
On a fauché la semaine dernière. On va rentrer demain ou après-demain si le temps se maintient.
La Nourrice
La récolte sera bonne chez vous ?
Le Garde
Faut pas se plaindre. Il y aura encore du pain pour tout le monde cette année-ci.

Le rideau est tombé pendant qu'ils parlaient."

</BLOCKQUOTE>
C'est à travers eux que se manifeste le plus clairement le pessimisme aristocratique d'Anouilh.
Hémon
:



Le "jeune homme", "fiancé d'Antigone", est le fils de Créon, c'est un personnage
secondaire qui n'apparaît qu'en deux occasions, soumis à Antigone et révolté contre
Créon ; ses propos sont courts et simples ("Oui, Antigone."), ou témoignent d'une naïveté
encore enfantine. La peur de grandir se résume chez lui à l'angoisse de se retrouver seul, de regarder
les choses en face : "Père, ce n'est pas vrai ! Ce n'est pas toi, ce n'est pas aujourd'hui ! Nous ne
sommes pas tous les deux au pied de ce mur où il faut seulement dire oui. Tu es encore puissant, toi, comme
lorsque j'étais petit. Ah ! Je t'en supplie, père, que je t'admire, que je t'admire encore ! Je suis
trop seul et le monde est trop nu si je ne peux plus t'admirer." (p. 104)
Fiancé amoureux, enfant révolté, il est par son caractère davantage proche d'Ismène,
à qui le Prologue l'associe, que d'Antigone.
Eurydice
:



C'est "la vieille dame qui tricote", la "femme de Créon", "elle est bonne, digne,
aimante", mais "Elle ne lui est d'aucun secours"
Le
Page



Accompagnant Créon dans plusieurs scènes, il représente l'innocence émouvante, l'enfant
qui voit tout et ne comprend rien, qui n'est pour l'instant d'aucune aide, mais qui, à son tout, un jour,
pourrait bien devenir Créon ou Antigone.

<BLOCKQUOTE>
"Créon
Ce qu'il faudrait, c'est ne jamais savoir. Il te tarde d'être grand, toi ?
Le Page
Oh oui, Monsieur !" (p.122)

</BLOCKQUOTE>
La
Nourrice :



Personnage traditionnel du théâtre grec, mais inexistant dans la pièce de Sophocle, elle
a été créée par Anouilh pour donner une assise familière à la pièce,
et davantage montrer l'étrangeté du monde tragique. Avec elle, ni drame ni tragédie, juste
une scène de la vie courante, où la vieille femme, affectueuse et grondante, est une "nounou"
rassurante, qui ne comprend rien à sa protégée : "Tu te moques de moi, alors ? Tu vois,
je suis trop vieille. Tu étais ma préférée, malgré ton sale caractère."
(p. 20). Elle "a élevé les deux petites".

Le Messager :



C'est un "garçon pâle [...] solitaire". Autre personnage typique du théâtre
grec, il apparaît dans la pièce de Sophocle. Il se borne à être la voix du malheur, celui
qui annonce avec un luxe de détails la mort d'Hémon. Dans le récit du Prologue, il projette
une ombre menaçante : "C'est lui qui viendra annoncer la mort d'Hémon tout à l'heure.
C'est pour cela qu'il n'a pas envie de bavarder ni de se mêler aux autres. Il sait déjà..."
(p. 12)

Le Chœur



Ce personnage joue aussi le rôle de messager de mort, mais son origine le rend plus complexe. Dans
les tragédies grecques, le chœur est un groupe de plus d'une dizaine de personnes, guidé par le personnage
du Coryphée. Il chante, danse peut-être, et se retrouve le plus souvent en marge d'une action qu'il
commente.
Dans Antigone, le Chœur est réduit à une seule personne, mais a gardé de son origine
une fonction collective, représentant un groupe indéterminé, celui des habitants de Thèbes,
ou celui des spectateurs émus. Face à Créon, il fait des suggestions, qui toutes se révèlent
inutiles.

<BLOCKQUOTE>
"Ne laisse pas mourir Antigone, Créon ! Nous allons tous porter cette plaie au côté,
pendant des siècles. [...] C'est une enfant Créon. [...] Est-ce qu'on ne peut pas imaginer quelque
chose, dire qu'elle est folle, l'enfermer ? [...] Est-ce qu'on ne peut pas gagner du temps, la faire fuir demain
?" (pages 99 à 102)

</BLOCKQUOTE>
Comme dans le théâtre antique, le chœur garde également une fonction de commentateur. Isolé
des autres personnages, il se rapproche du Prologue : il scande l'action pratiquement dans les mêmes termes.
"Et voilà. Maintenant le ressort est bandé. Cela n'a plus qu'à se dérouler
tout seul." (p. 53) "Et voilà. Sans la petite Antigone, c'est vrai, ils auraient tous été
bien tranquilles. Mais maintenant, c'est fini." (p. 122) Son "voilà" bat la mesure d'un mouvement
que le "Voilà" du Prologue avait mis en branle.
Autres personnages :


- "les deux fils d'Œdipe, Etéocle et Polynice" : "se sont battus et entre-tués
sous les murs de la ville" :

<BLOCKQUOTE>
- "Etéocle l'aîné" : " le bon frère", "le fils fidèle
d'Œdipe", "le prince loyal", il a eu d'imposantes funérailles
- "Polynice, le vaurien, le voyou", "mauvais frère", "il a toujours été
un étranger" pour sa sœur Ismène, "un petit fêtard imbécile", "un
petit carnassier dur et sans âme", "une petite brute tout juste bonne à aller plus vite
que les autres avec ses voitures, à dépenser plus d'argent dans les bars.", il a été
laissé à pourrir dehors.
- mais, en vérité, ce sont tous les deux des crapules : Etéocle "ne valait pas plus cher
que Polynice", "deux larrons en foire", "deux petits voyous"

</BLOCKQUOTE>
- "Madame Jocaste" maman d'Antigone
- Douce, sa chienne

</BLOCKQUOTE>


Jean Anouilh :


Jean Anouilh (1910 - 1987) est
un auteur d'athée, qui représente la vieille France éternelle. En 1959, quinze ans après
Antigone, il choisit une voie nouvelle et suit les pas de William Shakespeare (1564-1616) - poète et dramaturge
anglais, auteur d'une des plus grandes œuvres de la littérature universelle - en écrivant Becket
ou l'Honneur de Dieu, l'histoire est donc à nouveau prétexte à une création originale.
La pièce, qui obtient un triomphe dès sa première représentation, sera adaptée
au cinéma en 1964, puis reprise en 1971 à la Comédie-Française. C'est la scène
la plus bouleversante du théâtre contemporain. Bruno Cremer et Anouilh forment un couple, Anouilh
est comme un petit-frère pour Cremer. Chez Anouilh, la psychologie n'a pas d'importance. Shakespeare - pour
Anouilh, c'est une lointaine connaissance - lui donne une leçon de liberté théâtrale.
Dans Hamlet (extrait), la scène de la mère est comme une
obscession.

De 1915 à 1928 : son père était immobilisé pour la Grande Guerre, il était
seul avec sa mère, pianiste et violoniste, il pouvait donc aller partout. C'est un enfant qui ne peut s'endormir
sans le retour de sa mère.
Son théâtre fait froncer le nez des intellectuels.
Dans L'arrestation, il a dit (lors d'un entretien)que ça pue l'amour avec des casinos bien propres.
C'est la pièce la plus complexe du théâtre français, Anouilh a réussi à
faire dialoguer tous les personnages de son œuvre.
Dans Colombe, il exprime qu'"il n'y a d'amour qu'absolu" et que la famille c'est ignoble.
En 1932, dans l'Hermine, jouée entre autre par Pierre Fresnay, il exprime le "non" à
la vie, que les choses laides, toutes les images sales, tout les tristes mots restent à jamais gravés
dans nos mémoires, et qu'"on est jamais sincères". Lui même a subi la blessure inguérissable
de la pauvreté et Louis Jouvet a approfondi sa blessure en l'appelant "le miteux". Anouilh dit
qu'il a un œuil de faune. Anouilh est accueilli par Georges Pitoëff vers 1936-1937, Anouilh avait alors avec
lui le Voyageur sans bagages. Ils ont passé deux heures extaordinaires ensemble, ils étaient
aussi timides l'un que l'autre. Pitoëff est dans le Cartel, le plus grand découvreur qui existe. Les
Pitoëff montent et jouent la Sauvage d'Anouilh (écrite en 1934).
Anouilh rencontre ensuite André Barsacq sur la scène de comédie
des Champs-Élysées, le futur metteur en scène d'Antigone, c'est "le seul compagnon
de ma jeunesse" écrit Anouilh. Ils avaient qu'un an de différence d'âge.
Ils connaissent un succès triomphal en 1938 avec Le Bal des voleurs que monte André Barsacq.
Ils sont tous les deux myopes et ont donc des lunettes. Et Ils sont complémentaires si bien qu'ils sont
appelés "les jumelles".
Barsacq était le disciple de Charles Dullin, un personnage exceptionnel. C'était alors la Belle Epoque,
une époque de poètes.
Pour Anouilh, le théâtre était un lieu hanté, palpable seulement par lui, le seul
lieu où la vie humaine est stable. C'était sa demeure principale, le lieu qui lui convenait par execellence,
le lieu où il réalisait ses fantasmes et où il a rencontré toutes les personnes qui
ont été importantes dans sa vie, des gens innatendus comme Jean Vilar, alors que leurs chemins étaient
opposés.
En 1944, Antigone fit un coup de tonnerre, où Suzanne Flon a joué dans le rôle d'Ismène
et où Barsacq a réalisé la mise en scène. La pièce a été jouée
à la lumière du jour, par un froid de canard, elle était éclairée grâce
à un système de miroirs et lors de la fin de la pièce, le soleil se couchait et la nuit tombait.
C'était un courage inouï de jouer une pièce sur la révolte alors que la France était
occupée. Antigone a été un évènement sublime alors que personne ne croyait
à la pièce, pas même Anouilh et Barsacq, et personne n'avait applaudi lors de la première
représentation à la fin de la pièce. Anouilh lui même regrettait d'avoir écrit
Antigone et il disait que c'était catastrophique pour lui. Un soir, Anouilh et Barsacq ont distribués
des tracts de Résistance, ce qui a étonné les spectateurs, mais la presse clandestine accuse
Anouilh de collaboration. Le public était partagé, la pièce avait une résonnance étrange.
Anouilh se défend d'avoir sympathiser avec les pro-nazis, mais il affiche une certaine compassion pour les
vaincus et dénonce les excès de l'épuration. Il organise d'ailleurs, une campagne de signatures
pour sauver l'écrivain collaborationniste Robert Brasillach qui a été condamné à
mort en février 1945, mais sa tentative a échouée et son exécution le marque profondément.
Sa vision devient extrêmement noire.
En 1956, il écrira une pièce sur Robespierre, alors qu'il n'accrochait pas tellement et qu'il
avait grommelé, qu'il a intitulé Pauvre Bitos ou Le Dîner de têtes. Le personnage
de Bitos était une sorte d'insecte pour Anouilh et il devait parler d'une voix fausse. Il y dénonce
les procès politiques - y compris ceux de la Libération. C'est sans doute pourquoi, la pièce
a fait un scandale. Il y a même des gens qui tapaient avec leurs cannes sur sa voiture. Gautier l'accuse
de fascisme. Les spectateurs sortent en colère mais ils en sont contents. Anouilh dit lui-même que
l'étiquette politique qu'il porte est absolument scandaleuse. Il va porter la blessure de cette pièce
pendant un cetain temps. Ensuite, il en riait avec son "rire du sage", et il a choisi le comique avec
Ardèle ou La Marguerite.
L'époque de l'épuration lui a donné une image noire des humains. Sa vision est devenue
encore plus noire lorsqu'il a essayé de trouver des signatures pour sauver Robert Brasillach, le rédacteur
en chef de Je suis partout pendant l'Occupation, et qu'il a échoué, la feuille était
presque vide de signatures. Brasillach fut fusillé pour faits de collaboration.

Dans L'Hurluberlu ou Le Réactionnaire amoureux, son rire est très célinien. Ce regard
est servi en même temps par Georges Feydeau. Il n'y a que lui qui a parlé de la condition humaine.

Anouilh avait une grande tendresse envers Marcel Pérez : "Point de Pérez, point de salut"
(J. Anouilh)

Il écrit ensuite Le Boulanger, La Boulangère et le Petit Mitron. Anouilh aurait aimé
être acteur, Périer écrit : "Il était jaloux de ne pas pouvoir le faire".Il aurait adoré être acteur et auteur mais il n'a peut-être pas osé à cause desa timidité. On remaque dans son théâtre que ses didascalies sont précises, c'est d'ailleursle lien rêvé entre le public et l'acteur, lien difficile, faire des pièces de théâtren'est pas comme être écrivain.Lors des répétitions de L'Arrestation, il insiste pour que le mystère soit là,pour ne pas qu'il y ait du policier. Pour Anouilh, il n'y a rien de définitif au théâtre, ilfaut essayer. Quelqu'un d'ailleurs lui a dit qu'"Il fallait faire des pièces comme on fait des meubles."Lors des répétitions générales, il disparaissait discrètement sans que les acteurss'en rendent compte. Les acteurs et les décorateurs forment une vraie famille avec Anouilh. Un d'entre euxa raconté qu'a partir de la déformation de la caricature, il fait du vrai, qu'"Il a un musclefantastique", les acteurs sortent épuisés d'une pièce d'Anouilh. Pour lui, la caricatureest l'expression éclatée, exacerbée du personnage ; la réaction c'est rigolo, ce n'estpas si grave ; et les personnages de théâtre forment un monde d'insectes, représentatif d'unecaricature de l'homme. Dans Le Scénario, il a montré ce qui s'est passé dans sa têteà un moment précis. C'est le premier auteur de vraie dérision. Il a d'ailleurs soutenu Ionesco,qui était pour Jean-Jacques Gautier, "un plaisantin". Les Poissons rouges est une piècegoguenarde.Anouilh était narchiste (veut un pouvoir autoritaire, opposé à anarchiste) et défendupar les gens de droite, les conservateurs. Pour lui, les personnages sont des masques. Anouilh a une têtede guignol, il fait un théâtre de singe, mais c'est beau.


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مُساهمةموضوع: رد: Antigone de Jean Anouilh   الجمعة ديسمبر 25, 2009 2:52 pm

موضوع ممتاز تابع تألقك
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Antigone de Jean Anouilh
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